En mémoire de Julien l'Apostat : un homme en lutte contre son temps

 


 Enormément de références élogieuses lui furent accordées par Rudolf Steiner dans le cadre de ses conférences publiques et privées essentiellement.  Elles seront accessibles via les liens en fin d'article.

 Julien de son nom romain Flavius Claudius Julianus, naquit vers 331 à Constantinople et perdit la vie le 26 juin 363 sous les coups d'un assassin lors de la campagne contre les Perses à Samara. Tout comme Nietzsche,cette brillante individualité était en lutte contre l'esprit de son temps et directement contre son grand oncle Constantin qui érigera et fusionnera l'Eglise d'Occident avec les institutions séculières du pouvoir romain déclinant. 
A la mort de son oncle Constantin Ier en 337, il échappe par hasard, à l’âge de six ans, au massacre de sa famille par la garde impériale. Constance II, son cousin, le tient à l’écart de la vie de Cour. Il passe donc son enfance et son adolescence entre Constantinople et l’Asie Mineure, dans un contexte à la fois chrétien et païen dans un environnement où tout était grec. Baptisé, il conserve longtemps des pratiques chrétiennes afin de s’éviter de graves ennuis, puis il s’enivre de littérature et de culture païenne sous la conduite de l’eunuque Mardonius qui l'initie aux grands classiques de la culture grecque athénienne. Exilé en Cappadoce, surveillé de près par les agentes inrebus, de véritables barbouzes au service de l’Empereur, il entame sa longue claustration de six ans, entre 345 à 351, le temps des lectures.

Ce rat de bibliothèque se forge alors une culture d’autodidacte plus marquée par le monde homérique que par la Bible et le message du Christ. Rappelé à la Cour au printemps 351, il persiste dans la recherche d’une doctrine solide, multiplie les allers-retours en Asie Mineure, opère secrètement, à titre personnel, un retour à la religion des Anciens. Le christianisme que l’on lui a imposé, auquel il n’a jamais véritablement adhéré, ne lui convient plus, et ce pour des raisons similaires à celles de Celse. Il reproche aux chrétiens l’anthropocentrisme, leur volonté de s’approprier « l’Etre suprême » à leur seul profit, la non-originalité de leur morale qui ne serait qu’un réchauffé de bribes de philosophie grecque et leur penchant pour la révolution politique, refusant de se plier à la religion civile. Il y a donc trois niveaux de critiques ; théologique, moral et politique.

Il fréquente alors le cercle de Nicomédie, un cénacle réactionnaire animé par le rhéteur Libanias, désolé par le recul des valeurs antiques où l’on y lit le « divin Jamblique », philosophe païen du IVème siècle orientant la mystique néoplatonicienne dans les voies de la magie et de l’occultisme. Lors d’un séjour à Ephèse, il est initié aux Cultes à Mystères.  Sa vision du monde est profondément enracinée chez Platon, mais en contact sensible avec le divin par le biais de mystiques et de thaumaturgies néoplatoniciennes.

D'abord nommé César de l'Empire d'Occident en 355 par Constance II, puis empereur à part entière de 361 à 363.

D'après Rudolf Steiner, Julien initié avait atteint un certain degré d'initiation aux anciens Mystères et qu'il souhaitait préserver pour la vie spirituelle de l'humanité les aspirations cultivées au sein de ces Mystères, afin d'en assurer la pérennité, en somme d'unir le christianisme à la sagesse des Mystères. Le Mystère  du triple Soleil !  Julien l'Apostat proclamait, dans l'esprit de la sagesse des Mystères, qu'à l'instar du Soleil physique, il existe un Soleil spirituel, et que quiconque connaît le Soleil spirituel connaît le Christ. Mais cet enseignement était considéré comme un mal à l'époque de Julien l'Apostat et conduisit à son assassinat perfide lors de son voyage en Perse. 

 

I. Le soleil triple et le Christ ressuscité
24 avril 1922, Londres


"...À l'époque dont je souhaite parler en premier lieu, une civilisation s'épanouit en Orient, que j'ai nommée, dans mon ouvrage « Science occulte », la civilisation perse antique. Le maître de l'humanité à l'apogée de cette civilisation fut Zarathoustra, Zoroastre. Non pas le Zarathoustra dont parle l'histoire ; il vécut plus tard. Le Zarathoustra dont je parle est un maître bien plus ancien. En ces temps anciens, il était courant que les disciples d'un grand maître continuent longtemps à porter son nom ; et le Zarathoustra dont l'histoire nous parle est en réalité le dernier d'une lignée de disciples du grand Zarathoustra. Or, ce grand maître de l'humanité fut initié aux secrets de l'existence d'une manière extraordinaire et remarquable, et il pouvait se tenir devant les hommes de son temps et les enseigner en tant qu'initié éminent et sublime. Zarathoustra savait – et c’est son initiation qui lui permit d’acquérir cette connaissance – qu’à cet endroit du ciel où se tourne notre regard lorsque nous contemplons le Soleil, réside un Esprit immense et omniprésent. Au début, il ne voyait pas le Soleil physique ; à l’endroit même du ciel où, aujourd’hui, notre conscience ordinaire le perçoit, Zarathoustra contemplait un Esprit cosmique immense et omniprésent. Cet Esprit cosmique l’influença spirituellement, lui permettant de comprendre qu’avec la lumière du soleil, avec les rayons qui tombent du Soleil sur la Terre, viennent aussi des rayons spirituels, des rayons de grâce et de générosité divines, qui éveillent en l’âme et l’esprit de l’homme cet « homme supérieur » auquel l’homme ordinaire en nous doit sans cesse aspirer.

En ces temps anciens, les initiés ne recevaient pas de nom pour des raisons extérieures ; leur nom leur venait de par leur savoir . Ainsi, ce sublime initié dont nous parlons fut appelé par ses disciples – et il se nommait lui-même ainsi – Zarathoustra, Zoroastre, l'Étoile Radieuse ; il tenait son nom de la Divinité rayonnante qui envoie sur Terre les rayons de la sagesse. L'initiation de Zarathoustra était, par rapport à toutes les initiations qui lui ont succédé, plus élevée et plus sublime. Lorsqu'il contemplait le Soleil cosmique spirituel, il contemplait la source de toutes les forces qui rendent les pierres de la Terre dures et solides, qui permettent aux plantes de germer et de croître, qui permettent aux animaux de se répandre sur la Terre dans toute leur diversité, et qui permettent à l'homme de s'épanouir et de prospérer. Le plus ancien des Zarathoustra, l'Étoile Radieuse, possédait la connaissance de tout ce qui se passait sur Terre ; et il possédait cette connaissance parce qu'il était capable de ressentir l'Être Spirituel du Soleil.

Vint une époque où l'homme ne put plus pénétrer aussi profondément les Mystères des mondes – une époque que j'ai nommée, dans ma Science Occulte , d'après les civilisations de Chaldée et d'Égypte. L'homme levait encore les yeux vers le Soleil, mais il ne le voyait plus comme radieux , comme émettant des rayons ; il ne le voyait plus que comme brillant , comme illuminant la Terre de sa lumière. On parlait alors de Râ, dont le représentant sur Terre était Osiris ; Râ symbolisait pour eux le Soleil qui tournait autour de la Terre, dispensant la lumière. Certains secrets avaient été perdus ; l'initié n'était plus capable de percevoir avec la pleine clarté intérieure le Dieu cosmique rayonnant, comme l'avaient fait les initiés d'autrefois. Il ne pouvait que voir comment les forces astrales primordiales émanent du Soleil. Zarathoustra voyait dans le Soleil un Être, il était encore capable de voir dans le Soleil un Être. Les initiés d'Égypte et de Chaldée voyaient dans le Soleil les forces qui se manifestent sur Terre – forces de lumière, forces de mouvement. Ce qu'ils virent, ce furent des actes, quelque chose d'inférieur à l'Être ; des actes spirituels, certes, mais non un Être spirituel. Et les initiés égyptiens parlèrent de Celui qui représente sur Terre les forces du Soleil que l'homme porte en lui ; et ils l'appelèrent Osiris.

À l'époque de la Grèce antique, dès le VIIIe, VIIe ou Ve siècle avant J.-C., avant le Mystère du Golgotha, l'homme avait perdu toute capacité de sonder les Mystères du Soleil ; il ne pouvait plus percevoir que l'influence solaire sur l'environnement, sur la Terre. Il contemplait l'action du Soleil dans l'éther qui emplit l'espace terrestre. Cet éther, qui se répand autour de la Terre et imprègne l'homme lui-même, était appelé Zeus par les initiés grecs – non pas le peuple en général, mais les initiés.

L'évolution culturelle de l'humanité a donc connu trois étapes. La première fut celle où les initiés contemplaient dans le Soleil un Être divin et spirituel ; la seconde, celle où ils percevaient les forces solaires à l'œuvre ; et la troisième, celle où ils ne percevaient plus que l'influence de l'Être solaire dans l'éther terrestre.



Or, plus tard, un homme s'approcha au plus près des enseignements initiatiques, autant qu'il était possible de le faire à son époque, et connaissait l'enseignement relatif aux trois aspects du Soleil : l'aspect du Soleil selon Zarathoustra, l'aspect du Soleil associé à Osiris, et l'aspect du Soleil tel que Pythagore et Anaxagore l'avaient perçu et compris. Je parle de Julien l'Apostat. Julien l'Apostat ne put contempler lui-même le Soleil sous ses trois aspects, mais il connaissait cet enseignement ; il le connaissait comme une tradition transmise par les écoles de mystères. Et cet enseignement des trois aspects du Soleil l'impressionna tellement que le christianisme lui parut bien peu de chose en comparaison. Car il connaissait encore la gloire et la splendeur indicibles que Zarathoustra avait contemplées. Il avait également appris à connaître les activités du feu et de la lumière, les forces chimiques cosmiques et les forces vitales cosmiques, telles que l'homme avait pu les contempler dans les anciens Mystères. De tout cela, Julien pouvait encore l'apprendre de son vivant, mais seulement par la tradition. Et tout cet enseignement lui paraissait si sublime, si puissant, qu'il se trouva incapable d'accepter le christianisme. Ses pensées et ses desseins étaient, en réalité, tournés dans une tout autre direction. Il fut saisi par le désir de transmettre à l'humanité les anciens Mystères auxquels il avait lui-même été initié jusqu'à un certain degré. Et c'est cela, mes chers amis, qui le conduisit finalement à dégainer le poignard qui mit fin à sa vie de façon violente. La main qui leva le poignard appartenait à l'un de ceux qui considéraient comme un péché de communiquer les enseignements élevés de l'initiation au commun des mortels, et qui souhaitaient que l'on n'entende parler du Soleil que de manière extérieure, c'est-à-dire, bien sûr, dans les termes extérieurs coutumiers de cette époque.

Julien l'Apostat déclara que le Soleil possède trois aspects : premièrement, l'aspect de l'éther terrestre ; deuxièmement, l'aspect de la lumière céleste qui sous-tend l'éther terrestre – aspect qui correspond également à la chimie, à la chaleur du feu et aux forces vitales ; et enfin, l'aspect de l'Être spirituel pur. Pour cela, il fut mis à l'écart. Et il faut bien admettre que le moment n'était pas encore venu pour l'humanité, dans son ensemble, d'accueillir des vérités aussi profondes et solennelles."




L'étude de l'histoire peut cependant révéler un autre aspect, d'une importance capitale, à ce sujet. Une grande partie de l'enseignement tripartite de Zarathoustra, d'Osiris et d'Anaxagore – l'enseignement du Soleil spirituel, du Soleil élémentaire et de Zeus, l'environnement éthéré de la Terre baigné par le Soleil – s'est intégrée à la culture ésotérique grecque. Le monde n'aurait jamais connu un art grec aussi sublime, ni une philosophie grecque aussi remarquable, ni Platon ni Aristote, si les courants de cette sagesse antique n'avaient pu imprégner l'art et la philosophie grecs. Vint cependant un temps où les vérités initiatiques transmises par les époques passées ne furent plus suffisamment protégées de la profanation. Nombre d'enseignements puisant leur source dans la sagesse initiatique tombèrent entre les mains de Romains illustres, et plus particulièrement des empereurs romains. Parmi eux, seul Auguste, peut-être, sut encore apprécier la valeur de la sagesse initiatique qui lui avait été transmise. Dans le monde romain, on ne comprenait généralement pas la dimension ésotérique de l'art et de la sagesse grecs, ni le fait qu'ils recelaient des éléments remontant aux enseignements les plus anciens. Par conséquent, la civilisation romaine, désespérément prosaïque et semi-barbare, s'est appropriée ce que l'on pourrait appeler l'éclat superficiel, le splendeur, de la culture grecque, sans parvenir à transmettre, dans sa forme authentique, aux générations futures ce qui animait cette culture. Ainsi, lorsque les influences romaines commencèrent à imprégner le christianisme qui, depuis le Mystère du Golgotha, se répandait dans le monde, ce dernier ne put recevoir, avec tout ce qui venait de Rome, la véritable essence de la culture antique....

 

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Du point de vue karmique, Steiner précise que l'incarnation suivante féminine de l'âme de Julien fut Herzéloïde(Herzéleide), la mère de Perceval : 

 Relations karmiques IV
GA238
14 septembre 1924, Dornach

"...ce qui subsiste de Julien, subsiste d'une manière telle que nous devons le répéter sans cesse : cela cherche à disparaître du champ de vision de l'humanité. Et lorsque nous tentons de le suivre, nous éprouvons la plus grande difficulté, pour ainsi dire, à le maintenir dans notre champ de vision spirituel. Sans cesse, il nous échappe. Nous le suivons à travers les siècles jusqu'au Moyen Âge, et il nous échappe. Mais lorsque, enfin, nous parvenons à le suivre jusqu'au bout, nous aboutissons à un lieu étrange qui, bien que n'étant pas historique au sens strict, est en réalité plus qu'historique. Nous en arrivons finalement à la figure d'une femme, en qui nous retrouvons l'âme de Julien l'Apostat. C'était une femme qui accomplit un acte important dans sa vie, marquée par un événement profondément douloureux. Car elle voyait, non en elle-même, mais en la personne d'une autre, l'image du destin de Julien l'Apostat, puisque ce dernier était parti en campagne en Orient et y avait perdu la vie par trahison.

La femme dont je parle est Herzeleide , la mère de Parsifal, un personnage historique bien que l'histoire elle-même ne dise rien d'elle. En Gamuret, qu'elle épousa et qui périt trahi lors d'une campagne en Orient, elle perçut le lien avec sa propre destinée, celle de Julien l'Apostat. Cette révélation la marqua profondément, et c'est sous cette influence qu'elle accomplit ce qui nous est relaté de façon légendaire – et pourtant historique au sens le plus strict du terme – l'éducation de Parsifal par Herzeleide.

L'âme de Julien l'Apostat, restée ainsi dans les profondeurs et dont on pourrait croire que la mission même aurait dû être de préparer le droit chemin pour le christianisme, se retrouve au Moyen Âge dans le corps d'une femme qui envoya Parsifal chercher et trouver les voies ésotériques du christianisme...."

Qelques siècles plus tard, Julien renaîtra sous l'individualité connue comme le grand astronome Tycho Brahé :

 Histoire occulte - GA126 - 30 décembre 1910, Stuttgart

"...Il est extrêmement intéressant de suivre la vie de l'empereur romain Julien. Neveu de l'ambitieux et vindicatif empereur Constantin, il était prévu que lui et son frère soient mis à mort dès leur enfance. On lui laissa la vie sauve par crainte d'un trop grand tumulte et parce qu'on pensait que tout mal qu'il aurait pu causer pourrait être contré par la suite. Julien dut acquérir son éducation au cours de nombreux voyages parmi diverses communautés, et l'on veilla scrupuleusement à ce qu'il s'imprègne de ce qui était alors perçu, pour des raisons opportunistes, à Rome et par l'Empire romain, comme un développement chrétien. Il s'agissait toutefois d'un mélange hétéroclite de ce qui allait progressivement devenir l'Église catholique et de l'arianisme, l'objectif étant de ne pas nuire à l'un au profit de l'autre. C'est pourquoi, à cette époque, l'hostilité envers l'ancien idéal hellénistique et païen, les dieux et les mystères antiques, était particulièrement vive de toutes parts. Comme je l'ai dit, tout a été mis en œuvre pour que Julien, qui était pressenti pour succéder au trône des Césars, devienne un bon chrétien.

Mais une étrange aspiration s'affirmait en lui. Son âme ne pourrait jamais vraiment éprouver de profonde affection pour le christianisme. Partout où l'on emmenait le garçon, partout où subsistaient des vestiges non seulement du paganisme antique, mais aussi d'une spiritualité ancienne, son cœur s'en imprégnait. Partout où il découvrait des traces des anciennes traditions et institutions sacrées s'intégrant à la civilisation de la quatrième époque, il s'en abreuvait. C'est ainsi que, lors de ses nombreux voyages, contraints par les persécutions de son oncle l'empereur, il entra en contact avec des maîtres de la soi-disant école néoplatonicienne et avec des disciples d'Alexandrie, qui avaient reçu les anciennes traditions transmises de là-bas. C'est alors que, pour la première fois, le cœur de Julien fut nourri de ce qui l'attirait si profondément. Et il découvrit alors les trésors de la sagesse antique qui existaient encore en Grèce même. Malgré tout ce que la Grèce lui avait apporté, malgré toute la sagesse que le vieux monde lui avait transmise, Julien ne put éprouver une véritable sensibilité au langage des cieux, aux secrets qui, inscrits dans l'écriture étoilée, nous parlent depuis les profondeurs cosmiques. Vint ensuite le moment de son initiation aux Mystères d'Éleusis par l'un des derniers hiérophantes ; et en Julien, nous assistons à l'étrange phénomène que celui qui est inspiré par les anciens Mystères, celui qui vit pleinement ce qui peut être reçu lorsque la vie spirituelle devient réalité à travers les Mystères, puisse siéger sur le trône des Césars. Et bien que de nombreuses idées fausses se soient glissées dans les écrits de Julien contre les chrétiens, nous savons quelle grandeur animait sa conception du monde lorsqu'il s'exprimait, puisant dans la majestueuse expérience de son initiation.

Mais, en tant qu'élève des Mystères déjà en déclin, il ne savait plus comment s'orienter dans son époque. Il se trouva donc confronté au martyre qui guettait celui qui, inspiré, ignorait quels secrets devaient être tus et lesquels pouvaient légitimement être communiqués. De l'ardeur et de l'enthousiasme suscités en Julien par son éducation hellénistique et son initiation, des expériences sublimes que le hiérophante lui avait permis de vivre, naquit en lui la résolution de rétablir ce qu'il considérait comme la vie active et vivante de l'ancienne spiritualité. C'est ainsi qu'il s'efforça par tous les moyens de réintroduire les anciens dieux dans une civilisation déjà imprégnée de christianisme. Il alla trop loin, tant dans la divulgation ouverte des secrets des Mystères que dans son attitude envers le christianisme. C'est ainsi qu'en 363, alors qu'il devait mener une campagne militaire contre les Perses, son destin le rattrapa. De même que le destin rattrape quiconque a proféré des paroles interdites, il en fut de même pour Julien, et l'histoire atteste qu'il périt de la main d'un chrétien lors de cette expédition contre les Perses. Car non seulement cette nouvelle se répandit très vite et n'a jamais été démentie par aucun auteur chrétien notable, mais il aurait été fort étonnant que les Perses aient causé la mort de leur ennemi juré sans s'en vanter. Parmi eux aussi, l'opinion se répandit immédiatement que Julien avait été tué par un chrétien. C'était véritablement comme une tempête qui jaillissait de cette âme inspirée, de l'enthousiasme ardent acquis lors de son initiation aux Mystères d'Éleusis, qui approchaient déjà de leur déclin. Tel fut le destin de cet homme du IVe siècle, d'un être profondément personnel dont le karma consistait essentiellement à vivre, dans sa colère, son ressentiment et son enthousiasme, l'héritage qu'il avait reçu. Telle était la loi fondamentale qui régnait dans sa vie.

Pour l'étude de l'histoire occulte, il est intéressant d'observer le parcours atypique de cette vie, de cet individu. Au XVIe siècle, en 1546, naquit un homme remarquable issu d'une famille noble d'Europe du Nord. Dès son plus jeune âge, tout était mis en place – y compris la fortune familiale – pour lui permettre d'accéder à des positions prestigieuses dans la société de l'époque. Conformément aux traditions familiales, il était destiné à occuper une haute fonction politique ou autre. On le destinait donc au droit et on l'envoya, accompagné d'un précepteur, à l'université de Leipzig pour y étudier la jurisprudence. Le précepteur le tourmentait toute la journée – car il était encore enfant lorsqu'on le força à étudier le droit. Mais la nuit, tandis que le précepteur dormait d'un sommeil paisible et rêvait de théories juridiques, le garçon se glissait hors de son lit et observait les étoiles avec les instruments rudimentaires qu'il avait lui-même conçus. Très vite, il en sut non seulement plus que tous ses professeurs sur les secrets des étoiles, mais aussi plus que ce qu'on pouvait trouver dans n'importe quel livre à cette époque. Par exemple, il remarqua rapidement la position précise de Saturne et de Jupiter dans la constellation du Lion, consulta les ouvrages et constata qu'ils la consignaient de manière erronée. Dès lors, il ressentit le désir ardent d'acquérir une connaissance aussi exacte que possible de cette écriture stellaire, de retranscrire avec la plus grande précision possible la course des astres. Il n'est donc pas étonnant que, malgré l'opposition de sa famille, il obtienne rapidement l'autorisation de devenir philosophe et astronome, au lieu de passer sa vie à rêver de livres et de doctrines juridiques. Disposant de moyens considérables, il put fonder un véritable établissement.

L'organisation était remarquable. Aux étages supérieurs se trouvaient des instruments destinés à observer les secrets des étoiles ; dans les caves, des équipements permettaient de réaliser différentes combinaisons et dissolutions de substances. C'est là qu'il travaillait, partageant son temps entre les observations effectuées aux étages supérieurs et les expériences de cuisson, de fermentation, de mélange et de pesée qui se déroulaient dans les caves. Il s'efforçait de démontrer, peu à peu, comment les lois inscrites dans les étoiles, les lois des planètes et des étoiles fixes, les lois macrocosmiques, se retrouvaient à l'échelle microcosmique dans les nombres mathématiques qui sous-tendent les combinaisons et les dissolutions de substances. Ce qu'il avait découvert comme un lien vivant entre le céleste et le terrestre, il l'appliqua à l'art de la médecine, produisant des médicaments qui lui valurent une vive hostilité, car il les distribuait généreusement à ceux qu'il voulait aider. À cette époque, les médecins, soucieux d'extorquer des honoraires exorbitants, s'en prirent violemment à cet homme accusé de perpétrer toutes sortes d'« horreurs » avec ce qu'il s'efforçait de faire descendre du ciel sur la terre.

Heureusement, à la suite d'un certain événement, il gagna les faveurs du roi danois Frédéric II, et tant qu'il les conserva, tout se passa bien : il acquit une compréhension profonde du fonctionnement spirituel des lois cosmiques, au sens que je viens de décrire. Cet homme possédait en effet une connaissance approfondie du cours spirituel des lois cosmiques. Il stupéfia le monde par des affirmations qui, il faut l'admettre, ne susciteraient plus la même crédulité aujourd'hui. Un jour, alors qu'il se trouvait à Rostock, il prophétisa, à partir de la constellation des étoiles, la mort du sultan Soliman, ce qui se réalisa quelques jours seulement après la date annoncée. La nouvelle de cet événement fit la renommée de Tycho Brahé. Célèbre en Europe, Tycho Brahé, dont la vie est encore si récente, est aujourd'hui connu du grand public presque exclusivement pour son caractère excentrique et son incapacité à adhérer pleinement au matérialisme moderne. Il fut le premier à recenser mille étoiles sur les cartes célestes et à faire la découverte capitale d'un type d'étoile, la nova, qui apparaît et disparaît soudainement, qu'il décrivit. Mais ces faits sont généralement passés sous silence. On ne sait rien de lui, si ce n'est qu'il était encore assez « stupide » pour concevoir un modèle du cosmos où la Terre est immobile et où le Soleil et les planètes tournent autour d'elle. Voilà ce que l'on sait de lui aujourd'hui. Le fait qu'il s'agisse ici d'une figure marquante du XVIe siècle, d'un homme dont l'œuvre est encore aujourd'hui précieuse pour l'astronomie, et dont les écrits recèlent une sagesse insoupçonnée, est rarement consigné. Tout cela tient à la profonde connaissance qu'a Tycho Brahe, en présentant le système en détail, a perçu des difficultés que Copernic n'a pas vues. 
Ce n'est que sous le règne du successeur du roi qui lui avait été favorable que les ennemis de Tycho Brahe se multiplièrent. Il s'agissait de médecins et de professeurs de l'université de Copenhague, qui parvinrent à monter le successeur de son protecteur contre lui. Chassé de sa patrie, Tycho Brahe fut contraint de retourner vers le sud. C'est à Augsbourg qu'il avait initialement installé son premier grand planisphère et le globe doré sur lequel il consignait les nouvelles étoiles qu'il découvrait – au nombre de mille. Cet homme était destiné à mourir en exil à Prague. Aujourd'hui encore, si l'on se tourne non pas vers les manuels habituels, mais vers les sources mêmes, et que l'on étudie Kepler, par exemple, on constate que Kepler a pu élaborer ses lois grâce aux observations astronomiques méticuleuses réalisées avant lui par Tycho Brahé. Voilà bien une personnalité qui, une fois de plus, portait l'empreinte, avec panache, de la grande sagesse qui avait précédé son époque. Celui qui ne pouvait se résoudre à la forme de savoir qui devint populaire aussitôt après, sous la forme d'une vision matérialiste du monde. Étrange destin, en vérité, que celui de Tycho Brahé !

À présent, en comparant ces deux destins personnels, il est infiniment instructif d'apprendre, grâce au Grand Livre de La Nature, que l'individualité de Julien l'Apostat se manifeste à nouveau en Tycho Brahé, que Tycho Brahé est, pour ainsi dire, une réincarnation de Julien l'Apostat."

 



Cosmosophie II - GA208
6 novembre 1921, Dornach

"...Constantin et Julien sont des symboles de l'évolution historique. On peut dire que Julien s'est dressé sur les ruines du passé, désireux de reconstruire les formes de la sagesse ancienne à partir de ces vestiges. Ces formes anciennes avaient été détruites par le christianisme qui, initialement, sous Constantin, avait pris une forme matérialiste. D'innombrables œuvres d'art, ouvrages de sagesse antique et écrits furent anéantis, tout ce qui aurait pu laisser entrevoir le moindre soupçon de l'ancien Mystère solaire.

Durant les premiers siècles, le Christ était encore perçu comme une figure apollinienne ou solaire.

Le Mystère du Soleil était considéré comme le joyau le plus précieux que possédait l'humanité. Il était symbolisé par le palladium,On disait qu'il était conservé à Troie, où les prêtres à mystères l'utilisaient pour révéler la véritable nature du soleil au peuple, sous une forme rituelle et sacramentelle. Il fut ensuite transporté à Rome, et une partie du savoir secret détenu par les initiés romains consistait à savoir que le Palladium était en sécurité à Rome. Essentiellement, les prêtres initiés de la Rome antique, ainsi que les premiers empereurs romains, et surtout Auguste,Ils fondèrent leurs actions sur la certitude que le plus grand joyau du monde, ou du moins son symbole physique, se trouvait à Rome. Le Palladium avait été placé sous les fondations du temple le plus vénéré de Rome, un fait connu seulement de ceux qui connaissaient les secrets les plus profonds de la vie romaine. Par la tradition spirituelle, cependant, ce fait était également parvenu à ceux dont la mission était d'apporter le christianisme au monde. C'est pour cette raison que les premiers chrétiens se rendirent à Rome. Il y avait donc une dimension spirituelle indéniable.

Lorsque le christianisme fut sécularisé sous Constantin, le Palladium fut retiré de Rome. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Palladium_%28mythologie%29

Constantin fonda Constantinople et fit installer le Palladium sous la colonne qu'il fit ériger à sa propre gloire. Par la suite, le christianisme romain perdit le mystère du Soleil, ôté par l'empereur même qui avait instauré les formes et les mécanismes rigides de cette religion à Rome. De ce fait, la chrétienté perdit la sagesse du monde, dont le transfert du Palladium de Rome à Constantinople fut le signe extérieur.

Dans certaines parties du monde slave — chacun y apporte sa propre interprétation —, on croyait jusqu'au début du XXe siècle que, dans un avenir proche, le Palladium serait transporté de Constantinople vers une autre ville, selon eux une ville slave.


 


Quoi qu'il en soit, le Palladium – on peut le considérer comme un symbole extérieur, mais c'est son aspect intérieur qui importe – attend de quitter Constantinople, qui l'obscurcit, pour un lieu où il sera totalement occulté. Le Palladium est ainsi emporté vers l'Orient, où la sagesse ancienne sombre dans la décadence et l'obscurité croissante. De même que le Soleil reflète la lumière que lui donne l'univers, l'évolution future du monde repose sur le fait que le Palladium soit illuminé par une sagesse puisée dans le trésor de connaissances acquis en Occident. Le Palladium, héritage du passé, porté de Troie à Rome puis à Constantinople, et destiné à être emmené plus loin encore dans les ténèbres de l'Orient, le Palladium, joyau du Soleil, doit attendre qu'en Occident, l'esprit et la pensée s'épanouissent et qu'il soit capable de le libérer de ce trésor obscur et obscurci, limité au monde naturel. Notre mission pour l'avenir est ainsi liée à la plus sacrée tradition du développement européen.

Aujourd'hui encore, les légendes perdurent pour ceux qui sont initiés à ces mystères, parmi lesquels figurent des gens simples et ordinaires qui vivent parmi nous. On raconte que le Palladium de Troie fut emporté à Rome, que le joyau de la sagesse, le Palladium, fut transporté à Constantinople lorsque le christianisme romain devint mondain et superficiel, et qu'il sera un jour emporté en Orient lorsque toute la sagesse ancienne aura disparu, l'Orient ayant sombré dans la décadence la plus totale. D'autres légendes évoquent la nécessité d'apporter une lumière nouvelle venue d'Occident à ce joyau solaire.

Le Soleil s'est évanoui dans les profondeurs de la nature humaine. Il nous faut le retrouver en développant la science de l'esprit."

 

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https://rsarchive.org/

https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251001845/oeuvres-completes-tome-i-2e-partie-lettres-et-fragments 

https://www.amazon.fr/Contre-Galil%C3%A9ens-Julien-lEmpereur/dp/2711627594/ref=sr_1_2?dib=eyJ2IjoiMSJ9.1iKSolDupKANbYtPzAjh-2izJkKcYs1d3hYGpXtDyDn-0o-NQK3y2KzJC8kWzUTxYx94VW3sRWX1aA-l3SK73877ZVD5mw6kV0MbWZiziF4G6lN-c96sMJStCdZtou58wNCH7VEVOwv1bLsefvKKPLtwt1kUDy4s4-wsgmravv46Cc2bD2aibLZml_JSR00IgSEmJykQSXXhtDNpNiOYdp-uTVsK4AXsveitzUd4fThI9UCK4wuTytGMwwTFqxG4iq-nUntvvrT9wgNfymz1DO5yaOL4tvKmuQ8cua36kVw.hQTafPbBHnbDORfgtfoP5_P-KVkU0acvkZtB0WLesHU&dib_tag=se&keywords=Julien+l%27Apostat&qid=1780777942&sr=8-2

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